Deux stagiaires, un terrain d’observation
Cet été, Mathilde Joubert, étudiante en 3A, et Gabrielle Legrand, étudiante en 2A, ont partagé une même expérience de terrain à La Rochefoucauld, dans le 14ᵉ arrondissement de Paris. Pendant près de deux mois, elles ont observé, recensé et documenté le vivant d’un jardin au cœur d’un tiers-lieu social et associatif. Une immersion qui mêle paysage, écologie, dessin et transmission.
Du 9 juin au 31 juillet 2026, Mathilde et Gabrielle ont investi les jardins de La Rochefoucauld, ancien hôpital parisien devenu un lieu ouvert aux associations, artistes, artisan·es et acteur·ices de l’économie sociale et solidaire. Dans cet environnement en constante évolution, leur mission s’est principalement concentrée sur une phase essentielle du travail de paysagiste : le diagnostic et l’observation du site en amont d’un projet.
Observer avant de concevoir
Pendant plusieurs semaines, les deux étudiantes ont parcouru les différents espaces du jardin pour réaliser des relevés de terrain. Elles ont identifié les espèces végétales, les insectes, les oiseaux et certains champignons et lichens présents sur le site.
Le jardin, qui s’étend sur plus d’un hectare, a été découpé en dix parcelles afin de faciliter les observations. Pour chaque espèce repérée, Mathilde et Gabrielle ont renseigné différentes informations : genre, espèce, famille, nom vernaculaire, nombre d’individus observés et date du relevé.
Pour compléter leurs connaissances, elles se sont appuyées sur leurs observations, leurs connaissances botaniques et différents outils d’identification. Elles ont également bénéficié des conseils de spécialistes et de personnes travaillant sur le site.
Ce travail minutieux leur a permis de développer un regard plus attentif sur un jardin urbain : observer les strates végétales, repérer les interactions entre espèces, comprendre les différents milieux et prendre le temps de regarder ce qui compose réellement un paysage.
Un livrable pour transmettre les connaissances
L’ensemble de ces recherches a donné naissance à un livrable consacré au vivant à La Rochefoucauld. Pensé comme un outil de transmission, il rassemble les observations réalisées sur le terrain, les recherches historiques et écologiques ainsi qu’un travail spécifique autour des espèces végétales exotiques envahissantes.
Le document a également été conçu pour être accessible aux futur·es étudiant·es de l’ésaj et pouvoir être réutilisé par la suite.
Mathilde a notamment pris en charge une partie importante de la recherche documentaire et de la mise en page, ainsi que les illustrations consacrées aux oiseaux et aux mammifères. Gabrielle, de son côté, a réalisé les illustrations botaniques des plantes, de leurs différents organes et des insectes qui leur sont associés.
Le dessin devient ici un véritable outil d’observation et de compréhension. En représentant feuilles, fleurs, fruits ou insectes, les étudiantes ont appris à regarder les végétaux avec davantage de précision et de sensibilité.
Faire découvrir les plantes indigènes du bassin parisien
Le travail ne s’est pas arrêté au recensement.
Mathilde et Gabrielle ont également imaginé un parcours pédagogique consacré aux plantes indigènes du bassin parisien présentes dans le jardin. Quinze espèces ont été identifiées afin de créer une série d’affiches signalétiques.
Chaque panneau présente une véritable « carte d’identité » de la plante : origine, floraison, fructification, caractéristiques, intérêts écologiques et interactions avec le vivant.
L’objectif est simple : permettre aux visiteurs de mieux connaître les végétaux qui les entourent et de découvrir le jardin autrement, au fil d’une promenade botanique.
Les supports ont été conçus sur InDesign et leur installation a été pensée avec la Conciergerie Solidaire, en privilégiant des solutions simples et adaptées au site.
Le paysage face à la canicule
Le stage a aussi été marqué par un événement climatique particulièrement intense : la canicule du mois de juin.
La chaleur a profondément modifié le rythme du site et l’aspect du jardin. Plusieurs activités ont dû être annulées ou déplacées, tandis que de nombreuses plantes ont souffert du manque d’eau et des températures élevées.
Pour les deux étudiantes, cette transformation brutale du paysage a constitué une expérience de terrain particulièrement parlante. Elle a donné une dimension concrète aux enjeux d’adaptation des paysages urbains face au changement climatique.
Observer un jardin avant et après un épisode de chaleur extrême, c’est aussi comprendre à quel point un paysage est un milieu vivant, évolutif et vulnérable.
Un stage entre paysage et lien humain
Au-delà des relevés et de la production graphique, l’expérience à La Rochefoucauld a été rythmée par les rencontres.
Gabrielle a notamment participé à plusieurs sessions de la Conciergerie Solidaire, aux côtés de l’équipe d’Aurore, et pris part à différentes activités dans le jardin : plantations, taille, entretien, fabrication de petits bassins pour la faune ou encore récupération de matériaux.
Le quotidien du site leur a également permis de croiser les associations, artistes, bénévoles, résident·es et personnes accueillies à La Rochefoucauld.
Cette dimension humaine a nourri leur expérience autant que le travail de terrain. À travers ces rencontres, Mathilde et Gabrielle ont pu expérimenter une approche du paysage qui ne se limite pas à la conception d’espaces : un paysage habité, partagé et en interaction permanente avec celles et ceux qui le font vivre.
Une expérience de terrain au cœur de la formation
Ce stage illustre une dimension essentielle de la formation à l’ésaj : apprendre à observer avant de concevoir, comprendre les milieux et leurs usages, expérimenter le terrain et transmettre les connaissances.
À La Roche, Mathilde et Gabrielle ont ainsi croisé plusieurs pratiques qui font partie du métier de paysagiste : diagnostic, reconnaissance du vivant, recherche, représentation graphique, mise en page, médiation et travail collectif.
Une expérience qui rappelle que pour concevoir les paysages de demain, il faut d’abord savoir regarder ceux qui existent aujourd’hui.